Les conseils de Louis Gallois pour réussir l’innovation en France (3/3)

by Guillaume Villon de Benveniste

Au moment où les pays émergents deviennent également des pays innovants, Louis Gallois, Commissaire Général à l’Investissement auprès du Premier Ministre, explique comment la France peut maintenir son rang en matière d’innovation. Réussir l’innovation passe par un rassemblement des forces d’innovation, notamment par le biais des pôles de compétitivité, mais aussi par une simplification des demandes d’aide à l’innovation, au niveau régional, national et européen. Réussir l’innovation passe également par une accélération des processus d’innovation et un meilleur financement de l’innovation.

D’après le Global Approach Consulting, auteur de ce graphe, celui-ci  représente les principales aides accessibles pour les activités de R&D d’une entreprise en France. Les dispositifs adressent des fourchettes de budgets bien définis et dans une typologie de travaux eux-aussi bien définis.

Accélérer.

D’après Louis Gallois, la France perd trop de temps dans l’instruction des dossiers. Or, “le temps c’est plus que de l’argent, c’est de l’or !” Les dédalles de l’administration sont complexes. La France n’est pas à l’échelle de temps des pays émergents et n’est pas non plus à l’échelle de temps des Etats-Unis. Il faut accélérer la montée en charge des instituts de recherche technologiques et les sociétés d’accélération de transfert des technologies. Les 10 sociétés d’accélération de transfert des technologies (SATT) font l’objet de 900 millions d’euros d’investissement. Elles ont pour objet d’aider à la maturation d’innovation pour déboucher sur des produits ou des brevets. Il professionnaliser ce métier, avec des spécialistes, notamment des spécialistes de la propriété intellectuelle, du dépôt de brevet, des ingénieurs pour aider à faire mûrir des projets d’innovations. Les projets qui passent par les SATT doivent déboucher aussi vite que possible vers l’amorçage, c’est-à-dire vers la prise en charge par un industriel pour la mise sur le marché. Les SATT visent à simplifier le dispositif et à l’accélérer, en particulier pour les universités.

Financer.

Il s’agit de s’assurer que le financement est sans lacune depuis le laboratoire, jusqu’à la mise sur le marché. Or, il y a des lacunes. C’est qu’on appelle la « vallée de la mort », c’est-à-dire une fois que l’innovation est mise au point et que le produit existe, il faut ensuite le mettre en production, ce n’est plus un investissement de 1 ou 2 millions d’euros, mais un investissement de 15, 20 ou 30 millions d’euros. Il y a une grande difficulté à financer ce passage, depuis ce qui est financé par le fond d’amorçage avec des moyens relativement limités à la mise sur le marché qui demande des moyens beaucoup plus lourds et des moyens liés à l’exportations. Nous avons un vrai problème, parce que c’est normalement le job du capital d’investissement et le capital développement. Ce capital investissement : la France était assez bien placé. Nous étions un pays où il y a une dynamique de capital investissement. Les levées de fond en 2008 se sont élevées à 12 milliards d’euros. Les levées de fonds en 2012 sont à 6 milliards d’euros. La France a perdu la moitié de la capacité. Cela est assez largement dû à des nouvelles règles prudentielles qui s’appliquent aux compagnies d’assurance et aux banques qui font qu’elles ne peuvent plus financer comme elles l’ont fait dans le passé ce capital investissement. Parallèlement, les Business Angels, c’est-à-dire les particuliers qui veulent investir ou les petites structures de Private Equity se sont trouvées confrontées à des éléments de fiscalité qui ne sont pas favorables à ces investissements. En effet, en France, assez curieusement, la rente est fiscalisée de la même manière que la prise de risque. Et Louis Gallois pense qu’il faut qu’on change cela : il faut que la prise de risque bénéficie d’un avantage fiscal par rapport à la rente, y compris la rente immobilière. Les investissements d’avenir vont intervenir dans ce domaine : Louis Gallois va accorder 600 millions d’euros à un fond multisectoriel auprès de la BPI pour le capital-risque et le capital développement. Il est clair qu’il ne s’agit pas pour la BPI d’intervenir seul. Cet argent doit avoir un effet de levier, sur le capital risque et le capital investissement privé. Il faudrait que cet effet de levier soit au moins de 1 pour 1 et si possible de 1 pour 2 pour amorcer une dynamique de croissance du capital investissement dont la France a absolument besoin. Cet effet de levier ne sera possible que si les conditions de fiscalité et les règles prudentielles pour les banques permettent aux investisseurs privés d’investir. Et là-dessus il faudra regarder ce qu’il se passe sur ses deux points : Bale III et la fiscalité de la prise de risque à travers le budget 2014.

Voici donc les enjeux sur l’innovation. L’innovation est clé pour l’avenir de la France.

En résumé, l’industrie française est tombé dans le piège de la compétition par les prix, ce qui l’amène à baisser ses prix et rogner sur ses marges qui sont passées de 30% à 20% en une décennie. De plus, dans un contexte où les pays émergents sont devenus des pays innovants, la France doit s’appuyer sur ses atouts tels qu’un outil de recherche puissant, afin d’accompagner son industrie dans l’innovation incrémentale et la montée en gamme. Ceci permettra à la France de pénétrer des segments de marchés où la rentabilité est meilleure.

Louis Gallois propose en particulier de rassembler les forces d’innovation, de simplifier les démarches d’aide à l’innovation, d’accélérer le processus d’innovation et enfin, de mieux financer l’innovation, notamment dans sa phase d’industrialisation.

Voici donc les contours d’une stratégie d’innovation pour la France. Et vous? Quelle doit être selon vous la stratégie d’innovation de la France?

Lectures complémentaires:

  • Pour une étude sur la difficulté à lever des fonds, voir cette étude de la Revue Banque
  • Pour une analyse de l’utilisation des fonds du Grand Emprunt géré par Louis Gallois, veuillez vous référer à cet article.
  • Pour un article évoquant la baisse des marges de l’industrie française, voir cet article.
  • Pour une description des fonctions du Commissaire Général à l’Investissement, veuillez vous référer à cet article.
  • Pour une présentation du programme de l’investissement de l’avenir par le Premier Ministre, Jean-Marc Ayrault, veuillez vous référer à cette vidéo.
  • Enfin, pour une présentation de l’ensemble des chiffres évoqués dans ce billet, veuillez vous référer au rapport de Louis Gallois.

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Guillaume Villon de BenvenisteGuillaume Villon de Benveniste aide les entreprises à innover. Pour les grandes entreprises, il développe des innovations de rupture. Pour les PME, il aide à la conception de produits innovants que les consommateurs achètent. Diplômé de l’ESSEC, Il est l’auteur d’un blog de référence en matière d’innovation en entreprise: TheInnovationAndStrategyBlog.com.

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